Article : A la rencontre de la notion de handicap : l'autonomie des personnes (1/2)

A la rencontre de la notion de handicap : l'autonomie des personnes (1/2)

Photo : Lucas DOLLINGER
Lucas DOLLINGER | Psychologue
02/01/2023 | Temps estimé de lecture : 3 mins | 463 vues | 9 J'aimes

Pour cet article, une grande partie du propos est tiré du livre d'Arlette Loher paru aux éditions Chroniques Sociales. Je mets le lien ci-dessous. 

Pour aller plus loin à ce propos, Arlette Loher, lors d'un colloque sur les droits des personnes handicapées, cite le témoignage de deux personnes en situation de handicap moteur, en fauteuil roulant. 

  • La première est un homme d'un pays du nord de l'Europe qui dit à peu près ceci : "dans mon pays tout est adapté : les transports publics ont des rampes d'accès, les bâtiments publics sont accessibles, les logements adaptés et entièrement domotisés (chauffage, fermeture des volets et portes de garages automatisées, réfrigérateur connecté..) et mon fauteuil roulant électrique est entièrement pris en charge par l'Etat." 
  • La seconde, originaire d'Afrique du nord,  lui réponds ceci : "dans mon pays je n'ai pas tout ça, j'ai du faire des travaux pour adapter au mieux ma maison, je ne peux pas faire mes courses seul, j'ai également un escalier sur ma route que je ne peux pas franchir sans aide. Par contre j'ai toujours un voisin, un ami de disponible qui est ravi de venir me donner un coup de main, on fait ce que j'ai à faire ensemble, puis on se pose chez moi autour d'un verre à discuter toute la soirée. Il nous arrive souvent de rigoler des situations cocasses que je vis". 

On peut alors s'interroger celui des deux qui parait le plus "épanoui" ? L'un comme l'autre montre une satisfaction d'une partie de ses besoins… au détriment d'une autre. Dans sa proposition, Arlette Loher propose une alternative centrée sur la personne qui va permettre d'atténuer les limites de ces deux approches. Je vous donne des exemples et les décrypte après : 

  • Il n'y a pas si longtemps que cela, en me promenant dans la rue, j'aperçois de loin une dame en fauteuil roulant manuel, cette dernière est en difficulté pour monter un trottoir à la force de ses bras. Elle interpelle une passante à proximité pour un coup de main. L'aidante, comprenant bien vite la difficulté, se précipite sur les roues de fauteuils et tire un coup sec pour franchir l'obstacle. Hélas, pour cette dame, le poids sur un fauteuil est situé au niveau de la personne et non de l'assise, c'est pourquoi à travers ce geste, le fauteuil se renverse à l'arrière laissant la dame en situation de handicap sur le dos. Elle a bien tenté de l'arrêter dans son geste et de l'interpeller mais la scène s'est passée trop vite pour cela. La passante se confondit alors en excuses tandis que l'autre dame essayait de la rassurer en lui disant que tout allait bien, le malaise de la scène était palpable. 
  • Autre situation, celle où j'apprenais à utiliser un logiciel informatique lors d'un stage. Le lundi, un collègue me montre comment faire, le mardi une autre collègue me montre une autre manière de faire et le mercredi, le dernier me montre une troisième méthode. Le lundi suivant, mon collègue se fâche car je n'utilisais pas sa méthode. 

Dans ces deux exemples, l'avis de la personne n'a pas été demandé, donnant lieu à des situations de quiproquo. La personne est ainsi privée de manière plus ou moins consciente de son libre-arbitre. Dans le premier exemple, la passante évalue la manière d'aider cette dame selon ce qu'elle interprète comme étant la meilleure solution et donne lieu à la maladresse. Dans le second, le professionnel présuppose ne pas avoir été écouté et que sa méthode est la méthode à suivre. Ce sont là des opportunités manquées. En effet, à un problème donné il existe un ensemble de solutions possibles. Pour prendre un exemple culinaire : vous souhaitez faire fondre du chocolat ; vous pouvez le passer au micro-onde, utiliser un bain-marie, le poser sur un radiateur ou en plein soleil… Chacune de ces stratégies a des avantages et des inconvénients. Si maintenant vous imaginez une situation du quotidien où l'on vous impose la manière de faire. Comment vous sentez-vous à ce moment là ? 

Quand on considère l'histoire du fauteuil roulant, il est possible de tirer le fauteuil par l'avant aux niveaux des roues, de le pousser par l'arrière, de le soulever à plusieurs, d'être un point d'appui en tirant les bras… La personne elle-même va pouvoir indiquer ce qu'elle préfère et/ou faire profiter l'aidant de son expérience pour peu qu'on lui en laisse la possibilité. Cela passe par le dialogue. C'est là le dernier exemple de cet article. Quelques semaines après la situation, j'ai à mon tour été interpellé par une dame qui poussait le fauteuil de son mari. Je lui ai demandé comment elle souhaitait être aidée, elle m'a indiqué ne pas avoir suffisamment de force dans les bras pour monter le trottoir. J'ai donc poussé le fauteuil de son mari, nous nous sommes salué et nous avons repris notre route. Pas de malaise.

Voilà pour une présentation globale de l'approche défendue par Arlette Loher. Lors du prochain article, j'irais plus en détails sur les implications de ce dialogue. 

Belle semaine à vous

En savoir plus / Lire la totalité de l'article

Suivez ce·s lien·s : https://www.chroniquesociale.com/comprendre-les-personnes/89-autonomie-et-handicap-moteur.html

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